Table des matières
- C’est quoi la prise porte-plume ?
- Porte-plume chinois ou japonais : les deux familles
- Les avantages de la prise porte-plume
- Les inconvénients : ce qu’on ne vous dit pas assez
- Le revers en porte-plume : le RPB change la donne
- Comment apprendre la prise porte-plume : méthode pas à pas
- Quel bois et quels revêtements pour le porte-plume ?
- Le test des 4 semaines
- Questions fréquentes
La prise porte-plume fait fantasmer. Félix Lebrun l’a ramenée sous les projecteurs avec sa médaille de bronze aux JO de Paris 2024, et depuis, des centaines de pongistes amateurs se demandent s’ils devraient changer de prise.
Réponse courte : la prise porte-plume consiste à tenir sa raquette comme un stylo, pouce et index en pince sur une face, les trois autres doigts repliés derrière. Elle offre un coup droit et un service redoutables, mais elle demande des années pour maîtriser le revers. Ce guide vous donne les avantages, les inconvénients et une méthode concrète pour l’apprendre, que vous soyez curieux ou déjà décidé.
Points clés
- La prise porte-plume est née en Europe, pas en Asie : c’est la Hongroise Anna Sipos qui l’a popularisée dans les années 1930
- Deux familles existent : la chinoise (C-Pen) et la japonaise (J-Pen), avec des géométries de manche différentes
- Le coup droit et le service sont ses points forts ; le revers classique, son talon d’Achille
- Le RPB (revers porte-plume) a résolu en partie ce problème, porté par Wang Hao puis Félix Lebrun
- Compter 3 à 6 mois de régression avant de voir les progrès : ce n’est pas une prise pour les pressés
Lecture : ~9 min
C’est quoi la prise porte-plume ?
La prise porte-plume, c’est tenir la raquette comme un stylo. Le pouce et l’index forment une pince sur une face du manche, pendant que les trois autres doigts se replient en appui sur l’autre face. En anglais, on parle de penhold grip.
Contrairement à une idée répandue, elle ne vient pas de Chine. Wikipédia rappelle que c’est Anna Sipos, multiple championne du monde dans les années 1930, qui a popularisé cette façon de tenir la raquette en Europe. La dénomination « prise chinoise » vient du fait que les joueurs asiatiques l’ont massivement adoptée par la suite, au point de dominer le circuit mondial avec.
La prise classique (shakehand, dite « orthodoxe ») reste majoritaire : plus de 90% des joueurs mondiaux l’utilisent. La porte-plume est devenue une spécialité, presque un choix d’identité de jeu.
Porte-plume chinois ou japonais : les deux familles
Quand on parle de prise porte-plume, il faut distinguer deux variantes. La confusion est fréquente, et elle change pourtant tout le jeu.
| Critère | Porte-plume chinois (C-Pen) | Porte-plume japonais (J-Pen) |
|---|---|---|
| Manche | Court et rond, palette à faces égales | Manche épais en forme de bloc, une seule face collée |
| Revers | Possible via RPB (retournement du poignet) | Quasi inexistant, uniquement des blocs et poussettes |
| Style | Jeu de poignet, service, jeu court, topspin des deux côtés | Attaque coup droit massive, jeu à mi-distance |
| Joueurs types | Wang Hao, Ma Lin, Félix Lebrun | Ryu Seung-min, Xu Xin (variante) |
Le C-Pen domine aujourd’hui. Félix Lebrun joue en porte-plume chinois avec un RPB très développé, ce qui lui permet de couvrir les deux côtés. Le J-Pen, lui, a presque disparu du haut niveau : Ryu Seung-min, champion olympique en 2004, en était le dernier grand représentant.
Les avantages de la prise porte-plume
Pourquoi des joueurs abandonnent la prise classique pour celle-ci ? Parce que les bénéfices sont réels, et visibles dès les premières séances.
- Un coup droit plus puissant et naturel. La prise libère l’amplitude du poignet. Le bras travaille dans l’axe du geste, avec un plan de frappe plus avancé.
- Un service supérieur. La liberté du poignet permet des variations d’effets, de vitesses et de placements que la prise classique reproduit difficilement. C’est l’arme n°1 des porte-plume.
- Un jeu court redoutable. La pince précise donne un toucher de balle fin sur les poussettes, les flip et les blocs près de la table.
- Des angles inattendus. Le poignet mobile ouvre des trajectoires croisées qui surprennent l’adversaire.
- Une signature de jeu. Jouer porte-plume, c’est adopter un style reconnaissable. Les adversaires non habitués peinent à s’adapter.
Le revers reste le prix à payer. Mais le RPB, popularisé par Wang Hao au milieu des années 2000, a réduit cette faiblesse à un niveau jamais vu auparavant.
Les inconvénients : ce qu’on ne vous dit pas assez
Soyons francs : la prise porte-plume a des coûts cachés. Les guides qui vantent ses mérites oublient souvent de mentionner les points suivants.
Le revers est un chantier permanent. En prise classique, le revers s’apprend vite. En porte-plume, il faut soit retourner le poignet (RPB), soit se contenter de blocs et de poussettes. Les deux demandent des centaines d’heures. La plupart des joueurs qui passent au porte-plume régressent de plusieurs centaines de points pendant 3 à 6 mois.
L’équipement est plus rare. Les bois spécifiques porte-plume représentent une petite fraction du marché. Misterping et les grandes boutiques en proposent, mais le choix est réduit par rapport aux manches classiques, et les revêtements sont souvent collés sur une seule face en J-Pen.
La prise est exigeante pour la main. Les doigts en appui sur le bois, la pince serrée : les articulations travaillent. Les joueurs qui forcent trop développent des douleurs au pouce ou à l’index. Un grip adapté et des pauses régulières sont indispensables.
L’apprentissage solitaire est difficile. Peu de clubs français comptent un entraîneur spécialisé porte-plume. Sans coach, les erreurs de prise s’installent et se corrigent mal.
Le revers en porte-plume : le RPB change la donne
Le RPB (Reverse Penhold Backhand) consiste à retourner le poignet pour frapper le revers avec le dos de la raquette, celle qui porte normalement les doigts. Wang Hao en a fait une arme offensive complète, au point de devenir numéro 1 mondial en 2009 avec cette seule technique.
Félix Lebrun a modernisé l’approche. Né en 2006, il a grandi avec le RPB comme réflexe, pas comme compensation. Résultat : un revers rapide, lifté et fiable, qui lui a permis de devenir 6e joueur mondial au classement de décembre 2025 publié par la FFTT, avec une médaille de bronze olympique en simple à Paris 2024.
Ce que ça change pour vous : le vieux dilemme « porte-plume = pas de revers » est caduc. Le RPB s’apprend, avec de la méthode. C’est lui qui rend la prise porte-plume viable en compétition moderne.
Comment apprendre la prise porte-plume : méthode pas à pas
Passer au porte-plume ne se fait pas en un week-end. Voici la méthode que je recommande, inspirée des parcours de joueurs de club qui ont réussi la transition.
Étape 1 : Vérifiez votre prise de base
Placez le pouce et l’index en pince sur la face coup droit, les trois autres doigts repliés en appui derrière. La raquette doit être dans l’axe de l’avant-bras, pas tordue. Filmez-vous : la plupart des erreurs viennent d’une pince trop haute ou trop basse.
Étape 2 : Travaillez le coup droit seul pendant 2 semaines
Multiples, topspin contre mur ou avec un partenaire. L’objectif n’est pas la puissance, c’est la régularité. Le coup droit porte-plume utilise le poignet : laissez-le travailler, ne verrouillez pas l’articulation.
Étape 3 : Ajoutez le service et le jeu court
Le service porte-plume est un avantage immédiat. Variez les effets courts, longs, latéraux. Enchaînez avec des poussettes précises. C’est la phase où vous sentez le toucher de balle spécifique de la prise.
Étape 4 : Attaquez le RPB en 4e semaine
Retournez le poignet et frappez le revers avec le dos de la raquette. Commencez par des blocs, puis des frappes à plat, puis le top spin. Filmez-vous chaque semaine pour comparer.
Étape 5 : Jouez des matchs d’entraînement sans enjeu
Acceptez de perdre. La régression est normale. Fixez-vous un objectif à 3 mois : récupérer votre niveau de prise classique. À 6 mois, le porte-plume doit commencer à payer.
Quel bois et quels revêtements pour le porte-plume ?
Le matériel porte-plume a ses spécificités. Le manche est court pour le C-Pen, épais et asymétrique pour le J-Pen. Choisir son bois en conséquence est la première étape, comme pour choisir un bois de raquette en général.
Quelques repères :
- Débutant C-Pen : un bois offensif lent ou allround, comme les séries d’entrée de gamme chinoises ou européennes. Pas besoin d’un bois carbone pour apprendre.
- Joueur offensif : un bois rapide avec un bon contrôle, style DHS ou Yasaka, qui a équipé Ma Lin pendant sa carrière.
- Revêtements : les porte-plume chinois jouent souvent avec un revêtement tendre en revers pour faciliter le RPB, et un revêtement plus rapide en coup droit. C’est le setup type de Wang Hao selon les analyses de son jeu.
- Grip : le manche court s’use vite au contact des doigts. Pensez à changer le grip de sa raquette régulièrement.
Pour le J-Pen, un point important : on ne colle qu’un seul revêtement, sur la face coup droit. Le bois est plus épais pour compenser.
Le test des 4 semaines
Voici le framework que personne ne vous donne : au lieu de vous demander « est-ce que je passe au porte-plume ? », testez pendant 4 semaines.
Semaine 1 : prise porte-plume uniquement en échauffement et en jeu libre, 3 séances. Notez votre ressenti sur le coup droit et le service. Si le coup droit ne vous procure aucun plaisir, arrêtez : la prise ne vous convient pas.
Semaine 2 : ajoutez les exercices de service et le jeu court en fin de séance. Comparez la qualité de vos services avec votre prise habituelle.
Semaine 3 : introduisez le RPB sur des balles faciles. Ne cherchez pas la performance, cherchez la faisabilité : est-ce que le geste est confortable pour votre poignet ?
Semaine 4 : jouez 2 matchs d’entraînement en porte-plume complet, sans revenir à la prise classique. Analysez : où avez-vous perdu des points ? Où en avez-vous gagné ?
À la fin du test, la décision est simple. Si le service et le coup droit vous semblent supérieurs, et que le revers vous paraît constructible, foncez : les 6 mois de régression valent le coup. Sinon, restez en prise classique sans regret. Les deux prises mènent au haut niveau, la preuve par Gatien, champion du monde en 1993 en prise orthodoxe.
Questions fréquentes
La prise porte-plume est-elle adaptée aux débutants ?
Non, pas en première intention. Elle demande un placement des doigts précis et un travail important du revers. Les entraîneurs recommandent la prise classique pour apprendre les fondamentaux, puis le porte-plume comme spécialisation après 1 à 2 ans de pratique. L’exception : les jeunes joueurs qui l’adoptent tôt, comme Félix Lebrun, peuvent la développer pleinement.
Quelle est la différence entre porte-plume chinois et japonais ?
Le chinois (C-Pen) a un manche court et rond, avec deux faces utilisables grâce au RPB. Le japonais (J-Pen) a un manche épais en bloc et une seule face collée, ce qui rend le revers quasi impossible. Le C-Pen domine le haut niveau moderne.
Pourquoi Félix Lebrun joue en prise porte-plume ?
Félix Lebrun utilise le porte-plume chinois avec un RPB très développé. Cette prise lui donne un service et un jeu court redoutables, et son revers porte-plume, travaillé depuis l’enfance, lui permet de rivaliser avec les meilleurs : 6e mondial en décembre 2025 selon la FFTT, médaille de bronze aux JO de Paris 2024.
Quels joueurs célèbres jouent en porte-plume ?
Wang Hao (n°1 mondial en 2009), Ma Lin, Liu Guoliang, Xu Xin côté chinois, Ryu Seung-min (champion olympique 2004) en japonais, et Félix Lebrun côté français aujourd’hui. Côté historique, Anna Sipos a popularisé la prise dans les années 1930.
Le porte-plume est-il meilleur que la prise classique ?
Non, aucune prise n’est objectivement supérieure. Le porte-plume avantage le service, le coup droit et le jeu court. La prise classique facilite le revers et l’apprentissage. Jean-Philippe Gatien, champion du monde 1993, jouait en prise classique ; Wang Hao, n°1 mondial 2009, en porte-plume. Le niveau dépend du joueur, pas de la prise.
Faut-il un bois spécial pour jouer en porte-plume ?
Oui. Le manche doit être adapté : court et rond pour le C-Pen, épais pour le J-Pen. Utiliser un bois classique en porte-plume est inconfortable et limite le jeu. Les grandes marques proposent des gammes porte-plume dédiées.
Conclusion
La prise porte-plume n’est pas un gadget ni une mode. C’est un choix de jeu complet, avec des forces réelles (service, coup droit, jeu court) et des contraintes assumées (revers, équipement, apprentissage). L’exemple de Félix Lebrun prouve qu’elle reste compétitive au plus haut niveau mondial, même contre les meilleurs joueurs chinois en prise classique.
Si vous hésitez, faites le test des 4 semaines décrit plus haut. Si vous êtes décidé, commencez par les étapes 1 et 2, filmez votre prise, et soyez patient. Le porte-plume ne se juge pas en une semaine, il se construit en une saison.
Et si le revers vous bloque, rappelez-vous : Wang Hao est devenu numéro 1 mondial avec un revers en porte-plume. Tout est possible, avec de la méthode.
